Guy, éleveur de grimpeurs

Publié le par Gwen





"Eleveur de grimpeurs"
: c'est par cette accroche que la promotion 2000 remercia Guy pour la transmission de sa passion de l'escalade à la foule estudiantine de Marseille.

Le Tee-shirt ainsi estampillé et fièrement arboré dans les grands évenements comporte tout de même une erreur. L'origine de l'élevage ainsi baptisé ne se situe pas en 1977 mais encore plus tôt en 1973.
Faites preuve d'imagination pour vous représenter l'époque car nombre d'entre vous n'étiez pas encore né.
Pas d'équipement sur les grimpeurs et encore moins dans les falaises.
Pourtant, les sites visités étaient bien qualifiés d'école puisqu'ils permettaient l'apprentissage de quelques rudiments techniques aux néophytes. Dans de telles conditions, les participants étaient taillés dans une autre matière qu'aujourd'hui et un caractère bien trempé était nécessaire pour mousquetonner les pitons épars sur la paroi.







 

Collection automne-hiver 2000-2008
Aux Goudes, devant le Pas de la Demi-Lune franchi par des milliers d'étudiants sous ses conseils !


 Suivez le guide !  Toujours chargé au maximum ("c'est l'entrainement pour la montagne !") ; un exemple pour nos frêles épaules !


Plongeons dans le cours de cette histoire passionnante !


Alors jeune prof de sport, Guy est avant tout un montagnard dans la parfaite tradition familiale : son père Pierre est un ouvreur prolifique, auteur de nombreuses classiques dans les Calanques et ailleurs ; sa soeur fit longtemps cordée avec Bernard Bouscasse pour des ouvertures marquantes : par exemple, il (Bernard) est l'ouvreur avec Marius Coquillat de la mythique "Ula" ouverte au Verdon pour n'en citer qu'une. En guise d'entrainement avant de partir parcourir les alentours de Chamonix et leurs grandes courses engagées, Guy connait le moindre mètres des Calanques dans lesquelles il ouvrira quelques variantes.
Alpiniste-calanquiste pourrait être le titre le définissant le mieux.

Arpentant les sommets les plus célèbres, la carrière de guide lui semble ouverte. Mais à l'issue de la formation à l'ENSA, la désillusion est terrible ! Le rejet de la commission sur des arguments subjectifs restera comme une blessure. Si les grands guides ne veulent pas d'un prof de sport dans leurs rangs alors Marseille pourra l'accueillir et les Calanques le ressourcer.
Privilégiant les itinéraires longs et faciles à la difficulté pure, Guy se prend de passion pour des massifs légendaires comme les Dolomites ou le Mercantour qu'il arpentera par leurs plus beaux itinéraires. A l'écouter énumérer les longueurs ou les voies mythiques grimpées sur place, on sent l'émotion et les petites étincelles de plaisir s'illuminer dans ces yeux.
Atteindre un sommet est une logique et le solo, sa forme la plus pure et la plus royale. Avantageant ce style d'escalade (aujourd'hui montrée du doigt par notre société classant la maitrise de soi et le contrôle absolu dans la catégorie suicidaire), il a fait "de nuit et en solo ce que tu ne ferais pas de jour et encordé". Son parcours d'entrainement à Luminy est emblématique de cette ère révolue : footing-escalade au Cancéou avec montée ou descente dans la voie du Levant. Les connaisseurs apprécieront.

Depuis les années 70, Guy en a vu défilé des grimpeurs et nombres d'entre eux le citent comme l'initiateur de leur carrière de grimpeur. Des grimpeurs éphémères mais aussi des grimpeurs solides dont il parle avec admiration (Bruno Brenier grand connaisseur des Dolomites, David le Charentais "avec ses bras épais comme mes cuisses", Maurice Migheli, Serge Gousseault, Bernard Privat, ...).




 Deux générations encordées à l'assaut de Castelvieil ! A la Savonnette de Castelvieil, cheminée d'accès au royaume des fabuleuses traversées.

 Regardez bien au fond ! Par temps dégagé, on voit le Mont Blanc ;-))  
A mi-pente, le traditionnel tour d'horizon sur le cirque des Goudes devant des spectateurs captivés.

 
Guy, c'est aussi ce don indéniable pour captiver la foule avec des anecdotes savoureuses sur de joyeuses bambées ou de périples angoissants dans des temps reculés (parfois pas si lointain). Montrez lui une paroi et demandez s'"il y a des voies ici ?" Et c'est parti pour l'historique des ouvertures, le piton entre les dents comme si on y était : passionnant !
On peut venir au sorties fac' sans grimper. Juste à profiter du soleil, bercer par des histoires et entrainer dans des voyages sans frontières. C'est un recueil de récits vivants. [ Qui est volontaire pour consigner toutes ces aventures sur le papier ? ]




 Champion de la gestion de cordées multiples. 
Classique parmi les classiques et parcourues au moins deux fois par saison, "la Grande Vire" en face sud de St Michel d'Eau Douce a servi de première grande voie à de nombreux étudiants.



 Imagine cette cheminée sur 500m ... et en solo ! 

Une cheminée, l'assurage sur sangles et demi cabestan : tout l'essentiel de l'esprit de Guy résumé sur une photo.





Guy
, c'est encore cette image du total look montagne : le sac à dos géant ("c'est bon pour les cuisses et l'entrainement à la montagne !") où se cache toujours une bonne plaque de chocolat ; les pantalons, sweats, coupes vents (toujours appréciés par grand mistral) aux couleurs flashies inimitables (1€ à Emmaus, le top !), les chaussons montants avec maintien de la cheville à la mode des 80's (utilisés seulement en cas de dalles extrêmes sinon les Adidas spécial hand-ball font l'affaire) ; les topos d'une autre génération issus de la série Edisud (collector aujourd'hui suite à leur épuisement) ; la barbe et les lunettes de soleil pour compléter la parfaite représentation du montagnard. Une vraie tendance est née autour de cette apparence emblématique et le modèle fait école parmi les étudiants dans la recherche des fringues de récup' et de la simplicité.


L'évolution de l'équipement fait bien sourire un grimpeur qui a connu l'apparition du baudrier, des dégaines, du huit puis de l'équipement à demeure d'abord en pitons ensuite en plaquettes (celles qui sont complétement rongées par la rouille aujourd'hui) et enfin les gros rings scellés.
Parallèlement, la société a changé et le risque ne fait plus partie de la vie. Amorcé dès le courant des années 90, il faut tout édulcorer, aseptiser. C'est l'ouverture à tous. Guy s'adapte avec une moyenne de 130 à 150 inscrits par année. Le premier semestre est réservé à l'initiation et aux manipulations de sécurité puis l'hiver écrème les motivations et resserre les rangs autour des plus déterminés : place aux grandes voies et aux traversées marines. A l'origine, le mental était un préalable pour débuter en escalade. Maintenant, peu importe. Avec le temps et l'envie, la peur finit par s'estomper.


 Leçon de mousquetonnage. 
Un cours magistral en pleine falaise !


 Vite, la mer monte !

Malgré la mer démontée, pas un centimètre de corde mouillée après ce rappel dans "la traversée du GEP"






A l'heure où les clubs pullulent en ville, aucun ne rivalise avec l'âme des sorties fac'. Pas de recherche de performance, simplement le plaisir d'une ascension. Avec son approche montagne, l'initiation est résolument tournée vers l'autonomie en falaise et surtout la pratique en grandes voies. Le point d'orgue est incontestablement la sortie du printemps à Castelvieil où nombres d 'étudiants (le 300ème fêté en avril 2006) ont marqué à jamais leur mémoire dans les légendaires grandes traversées ("Sans retour", "Grande Croisière", "Tabarly").


Plus de trente ans après les débuts, la pression administrative, les budgets réduits à néant vont avoir raison de la volonté du principal pourvoyeur de grimpeurs à Marseille.
Espérons que la machine inhumaine de l'Université de Provence ne lui ait pas entamé son amour pour la montagne et pour l'escalade.
Déjà empreint de nostalgie à l'heure où la page se tourne sur une carrière exemplaire, ce portrait fait office de dédicace-souvenir à notre guide des Calanques et de remerciements pour toute la passion transmise.

Bravo Guy et merci !!!!
 
 
 
 
Additif septembre 2008 : 

Comme toute Roc-star qui se respecte, point de fin de carrière sans tournée d'adieu !
Alors que les étudiants se morfondaient à l'approche de la rentrée, Guy annonce publiquement en ce mois de septembre 2008 son retour aux affaires pour 20 séances à guichets fermés.
Les fans acclament et campent déjà à l'Obélisque de Mazargues pour être aux premières loges dès début novembre.
Tout le répertoire qui ont fait son succès devrait être du récital : face sud des Goudes, face sud de Saint Michel d'Eau Douce, Abri Cotier, Aiguille de Sugiton et même Pin de Simon à Sainte Baume. A voir s'il nous fera le plaisir d'une journée petites traversées entre le Devenson et l'Oule.


Vivement la reprise !!!!
 
 
 
 


 
 
 
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Publié dans Portraits

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M
Bravo Gwen, ta plume encore une fois fait mouche. Bel hommage à cet "éleveur de grimpeur" qui aura transmis une partie de son savoir et initier la passion de la montagne, de l'escalade et des Calanques à des centaines de grimpeurs, qui peuvent maintenant evoluer en toute autonomie.C'est une de ces plus grandes reussite ...Merci Guy.MichaëlPS: Je ne peux pas croire qu'on ai laissé mourrir cette activité de la sorte. Tout  le monde était d'accord pour la sauver, personne n'a rien fait. Et maintenant il est certainement trop tard. En ésperant que le plan en faveur des universités et la réunification des 3 universités de Aix-Marseille permettra de faire redemarrer l'escalade, sous la houlette de Guy, si sa motivation n'a pas était trop entamé par ces imbéciles de l'administration qui ne se rendent pas compte de ce que cela repésente pour nous !!!
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O
Effectivement maintenant on sait pas si c'est la soeur qui l'a ouverte avec Marius. Enfin pas bien grave^^
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O
Bravo Guy, et Bravo Gwen pour l'article, très joli.( Pour la Ula tu es sur...? Car Bernard Bouscasse est mon oncle et il m'avait parlé d'uN ami à lui(j'ai oublié le nom) je crois enfin je l'ai vu aujourd'hui mais je viens juste de voir l'article je pourrais lui redemander plus tard sinon...)
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G
<br /> Merci.<br /> <br /> En fait, je ne voulais que citer un exemple d'ouverture de Bernard Bouscasse et la plus connue me semble être "la Ula". Effectivement en lisant la phrase, on peut comprendre qu'ils l'ont ouverte<br /> ensemble. Pour rajouter à la confusion, j'ai corrigé en insérant le partenaire de 1972 : Marius Coquillat. J'espère qu'une part de vérité sera ainsi rétablie ;-))<br /> <br /> <br />