Témoignage rédigé par Michaël Robinet :
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Le milieu vertical, son hostilité, ses dangers objectifs, vous connaissez !
Alors, imaginez les risques innombrables qui s'accumulent en hiver :
- journées courtes,
- une météo des plus capricieuse : vent, neige, verglas, tempête,
- températures inhospitalières,
- des conditions de grimpe des plus déplorables,
- et le dégel faisant naître une aléatoire pluie de cailloux.
Des conditions extrêmes qui réclament sérieux, prudence et grande organisation.
Vous l’aurez compris, une ascension hivernale n’est jamais de tout repos, ...
... même dans les Calanques !!!!
Pour preuve, laissez moi vous détailler le déroulé de cette journée épique du 2 février 2008 !
La marche d’approche depuis le parking de Morgiou jusqu’à l’Aiguille de Sugiton est avalée dans un temps raisonnable, malgré un petit arrêt pour observer le paysage et échafauder quelque projet dans les parois avoisinantes. Mon choix
se porte sur "le Crépuscule", une fissure en 2 longueurs qui ne présente pas de difficulté particulière, si ce n’est une traversée en arête
très aérienne pour rejoindre l’ancrage du rappel.
Je prépare le matériel, briefe mes clientes (Morgane, Lilas) et la 2ème cordée (Sidonie et
Dorothée). Nous partons aussitôt rejoindre le pied de la voie. Il y a un peu de vent mais ce n'est qu'un courant d'air ! Qu’importe, faire équipe avec 4 filles ne peut que me
ravir …
Dans mon enthousiasme, je débute la voie et rapidement, me rend compte que la difficulté est bien au dessus de ce que j’imaginais. Mais je ne dois rien
laisser paraître. Tout le monde me regarde. Sous le poids de cette attention, je ne veux pas les décevoir. J’atteins non sans mal le premier relais et m’apprête à faire monter
Morgane et Lilas quand un montagnard solitaire me fait signe : je ne suis pas dans la bonne voie !!!! Voilà bien mon premier problème et cela ne fait que
commencer.
Faisant entièrement confiance à mes partenaires de cordées pour gravir cette première longueur (5c/6a), je leurs fais signe de venir. J’ai sur-estimé mes secondes ou sous-estimé la difficulté
mais le résultat est le même, elles sont bloquées dans les passages très à doigt où les placements sont très importants. Pour les aider un peu, je mets en place un mouflage pour tracter la corde.
A la force de mes bras couplée à leurs efforts herculéens, la jonction s'opère et nous voilà tous au relais. Toutes ces manips de cordes ne sont pas sans conséquence : un
magnifique paquet de nœuds nous attend. Encore quelques minutes de perdues.
Nous rejoignons le relais de la voie normale où nous attendent Sidonie et Dorothée. Elles se préparent déjà à partir pour la 2ème longueur. Par
anticipation, j'estime qu'il faut me retrouver en tête pour la traversée de l'arête. Aussi, je leur demande de faire un relais intermédiaire sur la vire suivante tandis que je
grimperai d'une traite jusqu’au relais sommital.
Ce dernier relais est situé quasiment sur l’arête, ce qui l’expose aux rafales de mistral (tiens, on l'avait oublié celui là !). Morgane
et Lilas sont rapidement sur place et j’entame directement la traversée. Le mistral redouble de vigueur. Il devient très difficile de se maintenir debout sans craindre
d’être précipité par le vent dans le vide qui borde les deux cotés de la traversée (un bond qui ferait mauvaise impression sur le moral de mes troupes). Je m’empresse de faire venir mes secondes.
Par précaution, Morgane a pris une extrémité de la corde de Sidonie et Dorothée afin de la passer dans les ancrages (pitons pour la plupart) qui
ne sont pas facile à trouver (judicieuse et opportuniste idée). Je me prépare à lancer le rappel quand Dorothée me fait signe : Sidonie ne va pas bien. Des
maux de ventre, la vue qui se trouble, un engourdissement des mains…
Je me résigne à refaire la traversée dans l’autre sens pour rejoindre Sidonie et Dorothée, laissant derrière moi Morgane et
Lilas. Mais me voici confronter à un sérieux dilemme. Descendre dans la voie avec Sidonie et laisser Morgane et Lilas faire un
rappel sans aucune aide ou forcer Sidonie à faire la traversée pour faire le rappel à l’extrémité de l’arrête. Devant le manque d’expérience des cordées (et c’était bien le but
de cette voie d'initiation), mon choix s'impose : j’accompagne Sidonie dans la traversée pour superviser tout le monde dans la descente. Tout se passe sans problème.
Je prépare la corde pour le rappel et attend un moment d’accalmie entre deux rafales pour le jeter. Devant mon impatience, je jette la corde malgré le vent et elle file droit dans mon dos pour ce
retrouver sur un ressaut plus bas dans la paroi. Pourvu qu’elle ne soit pas coincée. Pour le deuxième brin, je me résigne à attendre un répit des bourrasques. Avant de descendre, je révise
une dernière fois la manip' du rappel avec tout le monde.
Arriver en bas, il faut absolument éviter que sous la force du vent, la corde aille se coincer derrière une écaille. Sidonie est rapidement en bas du rappel et je l’accompagne
jusqu’au reste du groupe. A mon retour, je m’aperçois que la corde du rappel est maintenant coincée dans une écaille. J’essaye en vain de la libérer mais n’y parvient pas.
Finalement, Guy, le sauveur funambule, partira faire une voie oubliée sur le pilier pour rejoindre les 3 filles qui attendent depuis 30 minutes dans le vent.
Appliquant la technique du pingouin serrée les unes contre les autres, elles ont survécu au refroidissement collectif. Bientôt tout le monde est en bas et nous pouvons enfin
rentrer.
Le bilan de cette ascension n’est pas très glorieux. Départ 10h, retour 16h30, soit 6h30 pour faire une voie de 2 longueurs, des nœuds dans les cordes, un
rappel coincé. Quoi qu’il en soit, ce fut un exercice intéressant pour moi que de gérer cette situation qui s’avérera plus tard être une petite crise d’angoisse décuplée par le froid. Je tiens
aussi à remercier tout le monde pour leur patience, Morgane et Lilas pour avoir assurer sans peut être pour autant savoir tout ce qui se passait,
Dorothée pour avoir gérer la situation avec Sidonie et Sidonie pour s’être forcée à faire la traversée et le rappel.
Je pense que je m’en souviendrai longtemps …
Additif du correcteur (Gwen) :
A la lecture de ces lignes et des difficultés rencontrées, voici quelques solutions supplémentaires pour accroitre vos possibilités dans ces situations :
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Vue la configuration de la voie (60 mètres rectilignes sans dévers), il est possible de mouliner sur un
brin le grimpeur en difficulté. Avec les cordes à doubles de 80 mètres, l'opération est envisageable. Arrivé au sol, le grimpeur se détache et on peut ravaler la corde pour faire la
traversée. Cette solution n'est envisageable qu'avec une corde assez longue, un grimpeur un minimum coopérant, un profil positif sans dévers.
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Installer son rappel n'oblige pas à jeter systématiquement la corde. Non seulement
le vent peut l'emporter mais la végétation peut l'accrocher ou même une cordée peut grimper dans cette voie de descente et se faire ainsi violemment fouetter. Dans ces conditions, il
convient d'entamer le rappel avec les anneaux en mains et de les dérouler au fur et à mesure de sa progression.